Un enfant crie pour avoir un bonbon. On dit non. Il crie plus fort. On finit par céder « juste cette fois ». La scène est banale, elle se rejoue dans beaucoup de familles — et elle met en jeu, sans qu'on le sache, deux mécanismes bien documentés en analyse du comportement appliquée (ABA, une approche qui étudie comment l'environnement influence nos comportements pour aider à les faire évoluer) : punir, et arrêter de céder. Comprendre ce qui se joue vraiment dans ces moments aide à réagir plus sereinement — et surtout, à savoir ce qui fonctionne réellement sur la durée.
Punir un comportement, ce n'est pas apprendre autre chose
Punir un comportement — au sens où la science du comportement l'entend, pas au sens d'une sanction morale — consiste à ajouter ou à retirer quelque chose juste après qu'il ait eu lieu, de façon à ce qu'il se reproduise moins souvent. Ça fonctionne, au sens où le comportement diminue effectivement : les données sur le sujet sont solides et anciennes. Mais ça n'apprend rien de nouveau à la personne sur ce qu'elle pourrait faire à la place. C'est un peu comme couper le courant sur un appareil qui dysfonctionne : le problème s'arrête à l'instant, mais la panne, elle, n'est pas réparée — et rien ne garantit qu'elle ne se manifeste pas ailleurs, autrement.
Le sursaut avant le calme
Arrêter de céder à un comportement fonctionne différemment. Si un enfant criait pour avoir un bonbon et l'obtenait à chaque fois, et qu'on arrête un jour de céder, le comportement finit par diminuer. Mais souvent, avant de diminuer, il augmente d'abord — plus fort et plus longtemps qu'avant. C'est un peu comme quand on appuie plusieurs fois, de plus en plus vite, sur un bouton d'ascenseur qui ne répond plus, avant de finir par abandonner.
Contrairement à une idée reçue largement répandue — y compris chez certains professionnels —, ce sursaut ne survient pas à chaque fois. Les données les plus récentes, issues du suivi de plus d'une centaine de dossiers cliniques, le situent à environ un cas sur quatre : loin de la quasi-systématicité qu'on lui prête souvent. Et quand il survient, son intensité tend à diminuer au fil des fois suivantes.
Le vrai risque, c'est de céder au milieu
Ce qui rend ces moments difficiles à tenir, ce n'est pas le sursaut en lui-même — c'est la tentation d'y céder en plein milieu. Si on cède pendant le sursaut, la leçon involontairement apprise n'est pas « ça ne marche plus », mais l'inverse : « il faut insister plus fort et plus longtemps pour l'obtenir ». Le comportement devient alors plus difficile à faire diminuer la prochaine fois — pas moins.
Apprendre une autre façon de demander
Il existe une meilleure option que punir ou que simplement « tenir bon » en silence : apprendre à la personne une autre façon d'obtenir ce dont elle a besoin — un geste, une carte, un mot pour demander une pause ou exprimer un refus. Cette alternative fonctionne mieux sur la durée que le simple retrait sans rien proposer à la place, à condition qu'elle soit au moins aussi rapide et fiable que l'ancien comportement pour obtenir ce qui compte pour la personne. C'est l'un des axes centraux de mon travail avec les enfants et les adultes concernés par un trouble du spectre de l'autisme, une déficience intellectuelle, ou un polyhandicap.
Un accompagnement qui marche peut quand même avoir des hauts et des bas
Autre point souvent mal compris : même un accompagnement qui fonctionne bien peut connaître des rechutes temporaires — en particulier quand on espace progressivement les encouragements et les récompenses, une fois que la nouvelle façon de communiquer est bien installée. Les données montrent que la majorité des accompagnements de ce type traversent au moins un épisode de ce genre lors de cette phase. Ce n'est pas un échec de la méthode : c'est une étape attendue, qui appelle à ralentir le rythme plutôt qu'à tout remettre en cause.
Une question de respect, pas seulement d'efficacité
Ces méthodes ont, par le passé, parfois été appliquées de façon rigide et coercitive — un usage aujourd'hui largement critiqué, y compris par une partie des professionnels eux-mêmes et par les personnes concernées. La pratique actuelle met l'accent sur des principes simples : toujours privilégier l'option la moins contraignante, toujours proposer une alternative avant de retirer quoi que ce soit, et considérer un refus exprimé — même de façon inhabituelle — comme une information à entendre plutôt que comme un comportement à faire taire.
Comprendre ces mécanismes ne change pas seulement la manière d'accompagner un enfant en pleine crise. Ça change la question qu'on se pose face à un comportement qui dérange : pas seulement « comment l'arrêter », mais « qu'est-ce qu'il cherche à obtenir, et comment apprendre à l'obtenir autrement ».